Edito
02/03/2010
Stratégies de sortie
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Depuis plusieurs semaines, les gouvernements et banques centrales évoquent
la mise en place de stratégies de sortie. Après avoir pris à leur charge
une grande partie des risques durant la phase aiguë de la crise financière
et bancaire, ils souhaitent relâcher les contraintes qui pèsent sur leur
comportement et réduisent leurs marges d’action.
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● Quelques rappels
Pour les banquiers centraux, le point de rupture se situe après la faillite
de la banque Lehman Brothers à la mi-septembre 2008. Le marché monétaire
avait alors brusquement cessé de fonctionner dans un univers de défiance
extrême où les banques ne se prêtaient plus. L'intervention des banques
centrales fut nécessaire pour permettre au marché monétaire de continuer
à jouer son rôle et éviter que l'économie ne soit trop pénalisée. Telle
fut la tâche des banques centrales.
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Des moyens considérables ont alors été mis en œuvre. Les banques centrales
ont apporté des liquidités en contrepartie d'actifs détenus par les banques.
La mesure la plus simple de cet engagement des banques centrales se reflète
dans l'évolution spectaculaire de la taille de leur bilan. Si le bilan
de chacune d'entre elles était normalisé à 100 au premier semestre 2008,
on observe que celui de la Fed s'est inscrit à 255 à la fin de l'année
2008, celui de la BCE à 152 et celui de la Banque d'Angleterre à 245.
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Concernant les gouvernements, la situation était d'une nature différente.
Le choc subi par l'économie globale s'est traduit par une montée rapide
de l'incertitude qui, en réduisant l'horizon économique, a provoqué des
comportements plus attentistes. Ces bouleversements ont engendré une chute
des échanges et de l'activité. Pour compenser ce repli profond de la demande
adressée aux entreprises, les gouvernements ont laissé les déficits publics
« filer » dans des proportions rarement observées avec, pour contrepartie,
une hausse immédiate et brutale des dettes publiques.
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● Les questions posées par les banques centrales
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Les modes de fonctionnement et d'intervention des banques centrales furent
différenciés.
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- Aux Etats-Unis, la Federal Reserve a, dans un premier temps, mis
en place toute une série de mesures visant à apporter des liquidités aux
institutions en difficulté.
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Ces programmes ont été progressivement réduits, notamment à partir de l'été
2009, car la situation du système bancaire et financier le permettait.
La remontée du taux d'escompte à la mi-février 2010 s'inscrit dans le prolongement
de ces mesures. Cette étape de sauvetage du système bancaire tend ainsi
à s'achever.
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Cependant, pour soutenir les institutions au cœur du financement de l'immobilier
telles que Fannie Mae et Freddie Mac, la Fed a acheté des montants considérables
de titres émis par ces institutions, principalement de la titrisation mais
aussi de la dette. Sur la période récente, c'est la montée en puissance
de ces achats qui gonfle le bilan de la Fed avec, pour conséquence, une
recrudescence inhabituelle des réserves des banques auprès de la Fed. Ces
réserves sont rémunérées à 0,25 %.
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Pour Ben Bernanke, président de la Fed, la problématique réside dans la
neutralisation de ces liquidités pour éviter qu’elles ne servent, dans
le futur, de base à une expansion excessive du crédit. Cela pourrait en
effet avoir un impact sur le taux d'inflation et empêcherait la banque
centrale américaine de piloter sa stratégie monétaire comme elle le souhaite.
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Les réserves des banques auprès de la banque centrale américaine représentent
environ 1 100 milliards de dollars.
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Les propos récents de Ben Bernanke visaient à indiquer la façon d'opérer
pour neutraliser ces liquidités. Une première option consiste à remonter
le taux sur les réserves. La deuxième voie envisagée est d'échanger des
titres détenus par la Fed contre ces liquidités (reverse repo par exemple).
Cela prendra du temps puisque la Federal Reserve ne souhaite pas réduire
le poids de ces actifs en les vendant.
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-Du côté de la BCE, les engagements furent différents. Les autorités
européennes sont en effet intervenues dans un cadre préexistant, mais où
la gamme des actifs mobilisables a été élargie et où la durée des opérations
a été allongée jusqu'à 12 mois. Ces opérations ont permis d'amortir les
chocs liés à la crise financière et bancaire.
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Contrairement à la Fed, la BCE ne s'est engagée que sur un montant limité
d'achat de titres spécifiques. Les achats de covered bonds (obligations
sécurisées) n'ont représenté que 60 milliards d'euros. L'objectif était
de relancer le fonctionnement de ce marché et non pas de soutenir le marché
immobilier comme ce fut le cas outre-Atlantique. Compte tenu du montant
engagé, inférieur à celui des Etats-Unis, la BCE ne sera pas durablement
contrainte par cette opération.
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Sur les opérations mises en œuvre d'urgence, le retour à la normale est
plus facile. Les apports de liquidités à 12 mois ont été arrêtés à la mi-décembre
et celles à 6 mois le seront à la fin du mois de mars. Ces changements
de stratégies ont été suffisamment bien communiqués par la BCE pour que
cela ne crée pas de ruptures ou difficultés durables.
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De telles opérations de sortie sont nécessaires. Elles permettent de normaliser
la politique monétaire après une période exceptionnelle. Pour autant, cela
ne signifie pas qu'il faille les interpréter comme un signal rapide de
changement de cap sur la politique monétaire.
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● Les enjeux pour les gouvernements
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L'explosion des dettes publiques limite fortement les marges de manœuvre
des gouvernements pour intervenir et peser sur l'orientation de l'activité.
En effet, le coût de la dette augmente et les besoins de financement sont
plus élevés. De plus, la solvabilité des gouvernements est affectée, surtout
si, dans un futur relativement proche, de nouvelles dépenses liées au vieillissement
de la population se profilent. En d'autres termes, une dette élevée diminue
les capacités de réaction des gouvernements et leurs marges de manœuvre
pour faire face à un choc négatif sur l'activité.
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Les gouvernements ont donc publié des plans de rééquilibrage de leurs finances
publiques. Leur objectif premier ? Stabiliser le rapport entre dette publique
et PIB puis le réduire. Ces opérations passeront par une diminution des
dépenses et une hausse des prélèvements. Dans le cadre européen, les plans
de stabilité des finances publiques sont mis en œuvre dès 2010 et visent
un déficit voisin de 3 % du PIB à l'horizon 2013-2014 pour chaque pays
membre : un effort considérable. Le solde des finances publiques, hors
paiement des intérêts sur la dette, passerait de - 5,5 % du PIB en 2010,
à l'équilibre en 2013. Mais le rapport dette publique sur PIB ne serait
alors que stabilisé, alors qu’il doit être restreint. Ce doit être l'objectif
ultime des gouvernements.
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La difficulté pour les autorités budgétaires réside dans la dualité de
leur objectif. À court terme, elles ne peuvent être trop restrictives afin
de continuer à soutenir l'activité, mais dans la durée, elles doivent stabiliser
les finances publiques afin de diminuer le rapport entre dette publique
et PIB. Cette opération s'inscrit nécessairement dans la durée et il faudra
de nombreuses années pour que la dette publique française retrouve un niveau
compatible avec les critères de Maastricht.
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● Conclusion
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L'impact négatif immédiat de la crise économique, financière et bancaire
a été pris en charge par les autorités. Une intervention qui a permis de
neutraliser rapidement le choc, puisqu'en l'espace de quelques courts trimestres,
les chiffres de croissance sont redevenus positifs.
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L'inversion de ces stratégies revêt cependant deux défis majeurs :
- il faudra agir sans trop peser sur l'activité, alors même que l'ajustement
des finances publiques prendra du temps et passera nécessairement par un
amenuisement du revenu disponible ;
- il faudra déterminer le moment opportun pour agir. Si la BCE a déjà mis
en œuvre les éléments du rééquilibrage de son bilan, la Fed est plus prudente.
Les gouvernements sont tout aussi attentistes dans leur comportement :
ils ne souhaitent pas qu’une action trop rapide pénalise l'activité, repoussant
alors le moment d'un vrai rebond de la croissance.
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Rédigé le 23 février 2010
Par Philippe Waechter, Directeur de la Recherche
Economique