Politique monétaire - De la Fed à la BCE
02/02/2012
"En s’engageant à maintenir les taux à quasiment 0 % jusqu’à fin 2014 et en fixant un objectif d’inflation, la Fed veut limiter à tout prix l’incertitude", explique Philippe Waechter, directeur de la recherche économique de Natixis Asset Management.
Depuis l'automne 2008, la banque centrale américaine a mis en place une stratégie monétaire très accommodante. Elle a abaissé son taux de référence à quasiment 0 % et ne cesse de repousser le moment où elle le remontera. La hausse de ce taux de référence sera le signal que l'économie aura alors retrouvé une trajectoire plus robuste et plus durable. L'innovation lors de la réunion de ce 25 janvier est d'indiquer qu'elle maintiendrait ce taux d'intérêt à quasiment 0 % jusqu'à la fin 2014.
Ne pouvant baisser son taux d'intérêt de référence en dessous de 0 %, la Fed agit sur les anticipations des investisseurs afin de tirer l'ensemble de la structure des taux d'intérêt vers le bas. L'objectif est d'inciter l'ensemble des acteurs de l'économie à dépenser davantage aujourd'hui puisqu'en raison des taux d'intérêt très bas l'incitation au placement est limitée. La Fed veut baliser un peu mieux les quelques trimestres à venir, limitant ainsi l'incertitude.
L'autre innovation est la mise en place d'une cible d'inflation. La Fed s'est engagée à faire en sorte que le taux d'inflation à moyen terme soit à 2 %. Cette décision est en phase avec le point précédent. La Fed veut ainsi indiquer aux investisseurs qu'elle ne laissera pas l'inflation se développer. Dès lors, cela permettra de maintenir des taux d'intérêt très bas.
Le schéma ainsi présenté est proche de celui que Ben Bernanke, le patron de la Fed, a fait lors de sa conférence de presse. À une question d'un journaliste, il expliquait que cette stratégie reflétait le souhait pour la Fed de créer les conditions d'une reprise de l'activité. Elle ne traduisait en aucun cas un risque de rupture de l'activité que la politique monétaire accommodante souhaiterait réduire.
Cependant, on ne peut s'empêcher de penser que si cette décision est audacieuse, elle ne l'est peut-être pas suffisamment. En effet, les chiffres de la croissance et de l'emploi aux États-Unis ne traduisent pas une dynamique d'accélération. Le risque est que le maintien de cette politique ne crée pas le choc nécessaire pour modifier la trajectoire de l'économie américaine. En d'autres termes, la politique menée permet certainement de limiter les risques de baisse de l'activité, mais elle ne permettra sûrement pas de converger vers le plein emploi très rapidement.
On aurait pu alors imaginer un objectif d'inflation un peu plus élevé tout en conservant la politique de taux d'intérêt très bas. Dès lors, les taux d'intérêt réels anticipés (taux d'intérêt nominal - inflation anticipée) auraient été négatifs créant des incitations plus fortes. La convergence vers le plein emploi aurait alors pu être plus rapide. C'est ce qui avait été fait en 1933 avec succès.
Ce changement de perspectives de la part de la Fed devra inciter la BCE à réagir. Au regard de la conjoncture de la zone euro et de la réduction des déficits budgétaires, la BCE avait tout intérêt à mettre en place une politique accommodante. Avec le geste de la Fed, elle devra aussi s'engager à maintenir sa politique accommodante pendant très longtemps.
Rédigé le 30/01/2012
par Philippe Waechter
Directeur de la recherche économique de Natixis Asset Management
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